Conférences passées

La révolution de l’intelligence artificielle

  • Mercredi 21 septembre 2016, de 18 h à 20 h
  • Amphithéâtre Ernest-Cormier (K500) du Pavillon Roger-Gaudry – 2900, boulevard Édouard-Montpetit

Une révolution est en cours.

Grâce notamment au deep learning, ou apprentissage profond, et à l’émergence du big data, les avancées dans le domaine de l’intelligence artificielle connaissent un grand bond. Les progrès réalisés sont tels que certains n’hésitent pas à parler de l’avènement prochain d’une quatrième révolution industrielle, faîte d’intelligence artificielle, de robotique et de nanotechnologies. De la santé aux transports en passant par la bio-informatique, la banque ou l’assurance, de nombreux secteurs sont touchés.

Mais où en sommes-nous réellement dans le développement de l’intelligence artificielle? Comment le deep learning la révolutionne-t-il? Quel rôle Montréal et ses universités peuvent-elles jouer pour accélérer le développement des recherches dans ce domaine? Dans quelle mesure l’intelligence artificielle peut-elle changer nos vies?

Lors de cette seconde Conférence de la montagne, Yoshua Bengio, Yann LeCun et Joëlle Pineau, trois sommités internationales de la recherche en intelligence artificielle, nous aideront à mieux comprendre les avancées et les différentes facettes de cette technologie fascinante.

Cette soirée était animée par Vincent Gautrais, professeur à la Faculté de droit de l’Université de Montréal, titulaire de la Chaire L.R. Wilson sur le droit des technologies de l’information et du commerce électronique.

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Les conférenciers

Yoshua Bengio

Yoshua Bengio

Biographie

Yoshua Bengio est professeur titulaire au Département d’informatique et recherche opérationnelle de l’Université de Montréal, directeur de l’institut de Montréal des algorithmes d’apprentissage (MILA) et titulaire de la chaire de recherche du Canada en algorithmes d’apprentissage statistique.

Son ambition est de comprendre les mécanismes mathématiques et computationnels qui permettent à l’intelligence d’éclore. À travers ses travaux de recherche sur les algorithmes d’apprentissage, Yoshua Bengio et son équipe tentent d’offrir aux ordinateurs la capacité de capter des connaissances opérationnelles à partir d’exemples. Une machine qui aurait appris de telles connaissances pourrait ainsi faire des prédictions ou des classifications correctes sur de nouveaux cas et généraliser à de nouvelles situations.

M. Bengio ambitionne ainsi de rendre possible la construction de machines plus intelligentes, capables de comprendre le monde qui nous entoure, de prendre des décisions en conséquence et de rendre ainsi service à la société.

Titulaire d’un doctorat en informatique de l’Université McGill, Yoshua Bengio est également codirecteur du programme Apprentissage automatique, apprentissage biologique de l’Institut canadien de recherches avancées. Il est également éditeur pour le Journal of Machine Learning Research et éditeur associé pour les revues Neural Computation et Foundations and Trends in Machine Learning.

Yann LeCun

Yann LeCun

Biographie

Professeur à l’Université de New York, où il est affilié au Courant Institute of Mathematical Sciences, de même qu’au Center for Data Science, Yann Le Cun est diplômé de l’ESIEE Paris, école supérieure d’ingénieurs, en électronique et électrotechnique, et de l’Université Pierre et Marie Curie. En 1987, il rejoint l’Université de Toronto et, l’année suivante, les laboratoires AT & T, pour lesquels il développe des méthodes d’apprentissage supervisé.

En 2013, il est recruté par le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, afin de créer et diriger FAIR, Facebook Artificial Intelligence Research, le centre de recherche en intelligence artificielle du géant du Web. Il dirige ainsi une cinquantaine de personnes réparties entre New York, Menlo Park en Californie et Paris.

Les recherches de Yann LeCun portent principalement sur l’intelligence artificielle, l’apprentissage machine, la vision artificielle et la robotique. Il est l’un des chefs de file de l’apprentissage profond (deep learning).

L’une des techniques développées par M. LeCun, le réseau de neurones convolutifs, est utilisée par toutes les grandes sociétés pour la reconnaissance d’images et de la parole et pour l’assistance à la conduite des voitures.

Yann LeCun a publié près de 200 articles et a reçu le Neural Network Pioneer Award ainsi que le PAMI Distinguished Researcher Award de l’Institute of Electrical and Electronics Engineers. Pour l’année 2015-2016, il a été nommé titulaire de la chaire annuelle « Informatique et sciences numériques » au Collège de France.

Joelle Pineau

Joëlle Pineau

Biographie

Joëlle Pineau est professeure agrégée et boursière William Dawson à l’École d’informatique de l’Université McGill, où elle codirige le Reasoning and Learning Lab, et est membre du Centre for Intelligent Machines. Elle est titulaire d’un baccalauréat en ingénierie de l’Université de Waterloo, ainsi que d’une maîtrise et d’un doctorat en robotique de l’Université Carnegie Mellon.

Ses recherches portent principalement sur le développement et l’analyse d’algorithmes d’apprentissage automatique et de prise de décision, avec application de ces techniques en robotique mobile et dans les systèmes médicaux intelligents. Elle a notamment travaillé à la conception d’un fauteuil roulant intelligent, détectant les obstacles et pouvant naviguer de manière autonome sur certains terrains, destiné aux personnes qui, en raison de leur dextérité restreinte ou de leur vision limitée, ne peuvent utiliser les commandes habituelles.

Joëlle Pineau a également développé une expertise inégalée en matière d’application de techniques d’apprentissage par renforcement pour l’optimisation du traitement de maladies chroniques.

Mme Pineau a siégé au comité de programme de nombreuses conférences internationales de premier plan en robotique et en machine learning. Boursière principale du programme « Apprentissage automatique, apprentissage biologique » de l’Institut canadien de recherches avancées, elle a été récemment élue présidente de la International Machine Learning Society.

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Les défis de la démocratie

  • Jeudi 19 novembre 2015, de 18 h à 20 h
  • Amphithéâtre Ernest-Cormier (K500) du Pavillon Roger-Gaudry – 2900, boulevard Édouard-Montpetit

democratie_257-300Si la démocratie est une forme de gouvernement déjà ancienne, c’est encore un jeune régime. La démocratie évoque parfois l’image antique d’Athènes où le peuple se gouverne lui-même, mais c’est à un tout autre régime que l’on pense aujourd’hui : un régime de représentation parlementaire avec des moments de sacralité – les élections – et des chefs qui gouvernent et concentrent un pouvoir de décision et d’action plus étendu que jamais. La vie démocratique réduirait-elle alors à mettre un bulletin de vote dans l’urne une fois tous les deux, quatre ou cinq ans ? Et la démocratie ne serait-elle que le gouvernement d’un seul légitimé par le vote d’une majorité ?

Ancienne et moderne, la démocratie gagne les esprits sur de nouveaux territoires, mais bien qu’elle soit encore en expansion et inspire des mouvements d’émancipation politique, elle fait l’objet de vives contestations à l’intérieur des sociétés où elle est établie depuis plus longtemps. C’est la question de l’égalité et de la justice sociale qui anime la démocratie contre elle-même ; c’est la question du marché et du financement public qui la fait trembler. Comment réguler des formes d’échanges économiques qui paraissent corrompre les institutions et les mœurs démocratiques ?

La démocratie est une évidence pour ceux qui défendent la liberté de conscience et la tolérance mais elle suscite toujours d’incessants débats quant aux projets de vie que les citoyens peuvent poursuivre en commun. Ce sont même les aspirations morales collectives qui semblent cesser d’y être possibles, que l’on pense aux grands projets de société ou aux formes de vie qui reposent sur une spiritualité partagée. Faut-il alors se résoudre à voir les sociétés démocratiques sécularisées se vider de leur substance morale ?

Comment affronter et relever ces défis de la démocratie contemporaine ? Deux éminents théoriciens politiques, deux penseurs pénétrants de notre temps, Michael Sandel et Charles Taylor ont repris, à ses racines historiques, la réflexion sur la démocratie comme manière de gouverner, comme organisation sociale et économique et comme projet de société.

Compte-rendu de la conférence (article UdeMNouvelles)

Cette conférence était animée par Daniel Weinstock, professeur à l’Université McGill.

Cette rencontre était organisée avec le soutien de la Chaire de recherche du Canada en éthique publique et théorie politique, détenue par Marc-Antoine Dilhac, professeur au Département de philosophie de l’Université de Montréal.

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Les conférenciers

Michael J. Sandel

Biographie

Michael Sandel est professeur en science politique à Harvard où il enseigne la philosophie politique depuis 1980. Dès 1982, il se fait connaître à l’échelle internationale en faisant paraître l’un des ouvrages critiques de la pensée libérale les plus importants : Liberalism and the Limits of Justice. Avec ce livre, il pose l’un des piliers de ce qu’on appellera par commodité la conception communautarienne, à laquelle on associe aussi Charles Taylor. Il poursuit ce projet avec Democracy’s Discontent (1996) et propose une lecture de l’histoire constitutionnelle américaine qui offre une alternative à la vision procédurale et libérale de la vie politique américaine.

À partir de 2004, Michael Sandel s’intéresse à des questions de société comme celle de l’amélioration humaine avec les problèmes de l’ingénierie génétique et du dopage sportif. Il publie ainsi en 2007, The Case against Perfection. Loin de changer d’objet de recherche, avec ce livre, il approfondit au contraire sa critique d’une conception libérale qui menace paradoxalement le contrôle des individus sur leur vie en leur donnant le pouvoir de se débarrasser de ce qui fait pourtant le sens des réalisations humaines : l’effort. Mais au-delà de l’effort, ce sont les formes de solidarité sociale que l’amélioration humaine corrompt. Ce thème qui était déjà présent dans ces premiers textes se trouve au cœur de son dernier livre : What Money Can’t Buy: The Moral Limits of Markets (2012), qui fait suite au Tanner Lectures on Human Values données à Oxford en 1998.

Les contributions de Michael Sandel ont touché des millions de personnes non seulement à travers les nombreuses traductions de ses ouvrages (27 langues) mais aussi avec son cours « Justice » qui est disponible gratuitement sur internet et a été retransmis à la télévision. Toujours soucieux de rendre accessible et efficace la philosophie politique, il s’adresse aussi bien au grand public, notamment avec la série radiophonique de la BBC « The Public Philosopher »,  qu’aux décideurs politiques ; il siège entre 2002 et 2005 au conseil du President’s Council on Bioethics.

Charles Taylor

Biographie

Charles Taylor est professeur émérite de science politique et de philosophie à l’Université McGill où il a enseigné sans interruption de 1982 jusqu’à sa retraite, après avoir été professeur à Oxford de 1976 à 1982. Sa carrière, qui commence au département de science politique de McGill en 1961, allie l’engagement intellectuel et politique. À cette époque, alors qu’il est vice-président du NPD au fédéral et président de cette formation au Québec, il fera campagne contre le Parti Libéral et échouera en 1965 dans l’élection qui l’oppose au futur Premier Ministre du Canada, Pierre-Eliott Trudeau.

Cet engagement politique de haut niveau ne freine pas la production philosophique de Charles Taylor qui se concrétise par la parution de Explanation of Behaviour en 1964. Il développe sa réflexion sur les méthodes en sciences sociales et s’intéresse en particulier au problème de ce qui fait qu’un individu est un agent moral. Il publie en 1975 une somme sur le philosophe de Iéna, Hegel, suivi en 1979 de Hegel and Modern Society, deux ouvrages qui amorcent sa réflexion sur une politique de la reconnaissance.

Mais c’est avec la publication de Sources of the Self : The Making of the Modern Identity (Les sources du Moi. La formation de l’identité moderne) en 1989, que Charles Taylor s’impose comme un penseur qui fait l’histoire de la philosophie plus qu’il ne l’étudie. Cette œuvre dont on ne cesse de mesurer l’importance réfléchit le vaste regard que son auteur porte sur l’histoire de l’homme moderne, sa culture et son identité. Il s’agit de retrouver la question de la définition de la vie bonne que la philosophie morale et politique avait cherché à occulter.

L’originalité de la contribution à la théorie du multiculturalisme de Charles Taylor ne peut s’apprécier qu’à partir de cette réflexion sur l’identité qui rend possible le dialogue interculturel et l’élaboration d’un horizon de sens commun. Le philosophe montréalais approfondit les implications politiques de cette conception pluraliste de la vie démocratique dans  Multiculturalism and The Politics of Recognition en 1992, et défend la pratique politique et juridique des accommodements raisonnables qui connaîtra une crise majeure au Québec dans la première décennie du XXIe siècle. Toujours impliqué dans la vie politique de la Belle Province à laquelle il reste attaché, il co-préside la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles, dite commission Bouchard-Taylor, qui définit les contours de la politique québécoise de tolérance multiculturelle.

L’ampleur de sa contribution aux humanités est saluée par de nombreuses distinctions et prix. Il est nommé Grand officier de L’Ordre national du Québec en 2000, et reçoit entre autres le Prix Templeton (Etats-Unis, 2007) pour sa contribution au progrès de la recherche sur les spiritualités, le prix de Kyoto (Japon, 2008) et récemment le très prestigieux prix Kluge de la Library of Congress (Etats-Unis, 2015), prix qu’il partage avec le philosophe allemand, Jürgen Habermas.

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Cette conférence est organisée avec le soutien de :

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